Vous êtes ici

Pensez à cobayer les sujets de français

Allons, avouez-le : sauf si vous êtes enseignant, et familier des jurys de bac ou d’autres examens ou concours, vous n’avez rien compris à cette phrase.

Vous donnez votre langue au chat ? Cobayer, dans le lexique professionnel des enseignants d’aujourd’hui, a précisément le sens de " faire traiter un sujet par un enseignant-cobaye pour en apprécier la difficulté ".

 

Comme tous les néologismes, notre cobayer – absent de tous les dictionnaires que j’ai sous la main et inconnu du correcteur de mon traitement de texte, qui hurle d’indignation – révèle des aspects intéressants de la langue. D’abord la facilité avec laquelle se créent les formations nouvelles. Le mot cobaye – vous savez, ce cochon d’Inde utilisé comme animal de laboratoire pour l’expérimentation médicale – donne lieu sans problème à la formation d’un verbe, par la simple adjonction de la marque (ou du morphème, si vous parlez le patois des linguistes) – er, caractéristique des verbes de l’illustre " premier groupe ". Mais cobayer ne s’emploie pas qu’à l’infinitif : il se conjugue, comme tous les autres verbes : " Allons-y, chers collègues, cobayons ce sujet ! ". Notre verbe révèle aussi la liberté qu’on se donne pour la construction du sens des néologismes. Car le cobaye, dans son laboratoire, est totalement passif : il subit sans rien dire les traitements qu’on lui inflige. Rien de tel pour le professeur chargé de cobayer les sujets : il travaille, le pauvre, et avec zèle, pour éviter autant que possible les revendications des candidats recalés.

EN LIEN AVEC CET ARTICLE

Bescherelle - Mots périlleux, mots savoureux - sélection illustrée par Mathieu Sapin
Bescherelle La conjugaison pour tous
Bescherelle La conjugaison pour tous